Gabon : Jonas Moulenda écrit à Ali Bongo Ondimba

05-06-2013 07:14:56

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OI Libreville (OI) – Dans une lettre parvenue à notre rédaction, Jonas Moulenda, journaliste au quotidien l’Union a écrit mardi au chef de l’Etat, Ali Bongo Ondimba, pour dénoncer l’insécurité galopante au Gabon, assortie du phénomène de crimes rituels, deux semaines après avoir adressé presque le même courrier au chef du gouvernement, Raymond Ndong Sima. Lire la lettre.  

Lettre au Chef de l’ Etat

Monsieur le Président,

IL y a deux semaines, j’avais écrit au Premier ministre au sujet de l’insécurité galopante qui règne ces derniers temps dans notre pays. Si je monte encore au créneau, ce soir, à travers cette lettre c’est parce que je constate que les choses vont de mal en pis. Mon grand-père disait: « Si tu vois le poisson sortir de l’eau, c’est qu’il fait chaud dedans.

»

Monsieur le président, j’ai été horrifié et estomaqué aujourd’hui de voir, à Oloumi, un sac contenant des organes humains. Cette découverte macabre est la confirmation d’un malaise et d’une évidence. Notre pays est très malade de crimes rituels. Il est urgent d’attendre de vous une action plus résolue pour mettre le holà à cette pratique abominable qui avilit notre pays.

 

Cela implique des sanctions sévères à l’encontre des commanditaires et exécutants de ces crimes pour décourager d’autres velléités dans ce sens. Aussi longtemps qu’une chape de plomb protégera les criminels, ceux-ci se vautreront dans l’abomination. « Tant que le singe ne te verra pas brandir la tête de son semblable, il n’aura pas peur de toi », disait mon grand-père.

 

Monsieur le Président, les mauvaises langues disent que les adeptes de cette pratique sont pour la plupart tapis dans les arcanes du pouvoir. Aujourd’hui, beaucoup de citoyens fuient même certains hommes politiques lorsque ceux-ci les abordent. Mais ils ont raison d'être méfiants vis-à-vis d’eux ! Ils se disent qu’ils les approchent pour les faire zigouiller et prélever sur eux les fameuses pièces détachées. C'est une méfiance légitime et justifiée. Je me souviens d'ailleurs de cette sagesse de mon papy, qui disait: « Le léopard ne salue pas la gazelle, si ce n'est pour sucer son sang.»

 

Ce qui me choque c’est que certains citoyens qu’ils font zigouiller font partie de ceux qui les avaient portés au pinacle. C’est donc à la fois ingrat et méchant de leur part ! Finalement, mon grand-père n’avait pas tort, lui qui disait: «La forêt avait prêté le bois à la hache pour fabriquer son manche mais en retour, la hache est allée abattre la forêt.» Les citoyens qui sont assassinés régulièrement jouent un rôle important dans la société. Si les hommes politiques déciment la population – je touche du bois - qui va encore les voter ?

 

Malgré votre détermination, force est de constater qu'il existe encore une liste de citoyens qui ne peuvent pas être inquiétés par la justice. Comment comprendre que des individus sur lesquels pèsent de lourdes charges continuent à se la couler douce ? Il me semble que nos prisons ne sont faites que pour les auteurs de larcins. Celui qui vole un coq a, en effet, dix fois plus de ...malchance d'être envoyé au gnouf que celui qui aura fait assassiner son semblable. Tout compte fait, mon aïeul avait raison de dire que « la justice est comme une toile d’araignée ; elle n’attrape que de petits insectes ».

 

Si un haut dignitaire est mêlé dans un crime rituel, il doit être envoyé au gnouf. Le faire ne serait pas lui manquer de respect. Je me souviens encore de cette sagesse de mon grand-père, qui disait: «Si la barbichette était un signe de respect, on n'enverrait pas le bouc à l'abattoir.» D’ailleurs, la Déclaration universelle de droit de l’homme et du citoyen à laquelle notre pays a souscrit stipule en son article 7 que tous les citoyens sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Mais pourquoi, diantre, assiste-t-on à une justice ségrégationniste ?

 

Le Gabon émergent que vous voulez passe aussi par une justice forte et des prisons qui ne doivent pas être peuplés que des voleurs de poules et de sacs de riz, non ? Plusieurs de vos collaborateurs sont cités dans des crimes rituels. A quand leur jugement ? Ce que je ne comprends pas c'est qu’ils continuent à occuper des postes de responsabilité alors qu’ils devaient démissionner pour se mettre à la disposition de la justice.

 

 

Dois-je comprendre par là qu’ils sont intouchables parce qu’ils militent au sein du parti au pouvoir ? La Garde des Sceaux nous rebat les oreilles avec des discours de fermeté, qui sonnent comme du chantage. Les crimes rituels ont-ils cessé pour autant ? Mais ce n’est pas avec les seuls discours que la justice parviendra à dissuader les criminels. Mon grand-père disait: «On n’effraie pas le cadavre avec un drap blanc.»

 

Ce qui me choque c’est qu’elle se complait à pratiquer le déni, déclarant que les journalistes font du sensationnel. Le sac des pièces détachées retrouvé aujourd’hui à Libreville est-il une invention des journalistes ? Si la Garde des Sceaux ne peut pas faire le travail pour lequel vous l’avez appelée au gouvernement parce que la…robe de ministre est trop ample pour elle, qu’elle ne cherche pas des boucs émissaires ailleurs. Son langage est digne d’une fuite en avant. Encore une sagesse de mon aïeul :« Quand la tortue est dépassée par la marche, elle accuse la route de marcher ».

 

Depuis le début de fameuses sessions criminelles, combien de commanditaires de crimes rituels ont-ils été envoyés au gnouf ? Pourtant, mon ami Pendi Bouyiki a besoin de la compagnie là-bas en prison pour papoter. Monsieur le Président, tout porte à croire que les politiques ne lâchent jamais leurs compagnons parce que craignant des éclaboussures. Mon papy disait : «Deux animaux à écailles savent où se mordre.»

Certains hommes politiques se comportent comme si les postes qu’ils occupent sont des titres fonciers. Ils veulent s’y accrocher à n'importe quel prix, quitte à recourir aux sacrifices humains. Finalement, mon grand-père avait raison, lui qui disait : « L’homme qui se noie s’accroche à tout, même à un serpent. » Mais l’image du pays est salie par des politicards au nombrilisme à fleur de peau !

Vous ne devez pas rester motus et bouche cousue. Il est de votre intérêt de prendre les choses en main, les citoyens vous jugeant à l’aune de vos exigences. Si vous ne faites rien d’ici à 2016, le pays sera considérablement dépeuplé. Peut-être, certains de vos électeurs seront-ils dépecés par ces criminels sans scrupule. En réalité, ils ne vous rendent pas un bon service. Il y a lieu de ne plus leur confier des postes de responsabilité, même s’ils vous soutiennent. Mon papy disait: « Même si le joueur de tam-tam a bien fait les funérailles, on ne peut pas lui donner l’héritage du défunt. »

De par vos fonctions, vous êtes le garant de la stabilité et de l'unité nationale. On ne doit pas sacrifier la paix sociale sur l'autel des intérêts égoïstes d'un groupe d'individus. Chaque fois que vous les verrez, ne manquez pas de leur rappeler que s'ils sont des roitelets aujourd'hui à cause des parcelles de pouvoir qu'ils occupent, ils pourront devenir vulnérables demain quand ils ne seront plus aux affaires. C'est encore mon grand-père qui disait: « Quand l'eau monte, les poissons mangent les fourmis. Quand l'eau baisse, les fourmis mangent les poissons. »

Monsieur le président, j’ai juste voulu attirer votre attention sur un problème porteur des troubles et des tensions. Car, le proverbial garçon né et élevé à la campagne que je suis a appris à tendre une oreille attentive aux bruits de la nature et à décrypter certains signaux. Si vos collaborateurs gênés aux entournures décident de me crucifier, je n’en serai pas étonné. « La vérité est comme du piment; si on vous le jette à la face, vous vous frotterez les yeux. »

 

[- Auteur: "OI" | - Source: "OI" | - Photo source: "OI"]



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