Gabon : que se passe-t-il exactement dans les sociétés pétrolières ?

20-10-2011 10:57:05

Agrandir le texteRétrécir le texteEnvoyer a un amiImprimer l'articleÉcrire un commentaire

OILibreville (OI) – Dans un communiqué publié par l’organisation nationale des employés du pétrole (ONEP), les membres de cette structure syndicale ont étalé au grand jour les maux qui minent ce secteur, entre autres, les humiliations des nationaux, le racisme, la précarité des conditions de travail et l’absence de couverture sociale, en passant par le laxisme et la corruption des agents de l’Etat.  On y trouve également des pistes de solution. Tout y est pour comprendre ce qui se passe dans les entreprises pétrolières depuis plus de 10 ans.

Communiqué de presse

L'Organisation Nationale des Employés du Pétrole (ONEP) a déposé, pour rappel, en 2004 sur la table du Gouvernement un dossier intitulé « la précarité de l'emploi dans le secteur pétrolier» dans lequel elle soulevait les problématiques suivantes:

1°) Sécurisation des emplois: - Lutte contre l'utilisation abusive et illégale des Contrats à Durée Déterminée (CDD) en lieu et place des Contrats à Durée Indéterminée (CDI) avec des périodes d'essai. En effet, les employeurs ont tendance à utiliser les CDD pour augmenter la durée de la période d'essai en violation des dispositions légales qui prévoient une durée de six (06) mois maximum;

- Lutte contre le foisonnement des sociétés de mise à disposition du personnel pour une main-d'oeuvre bon marché sans garantie de sécurité sociale (Non reversement des cotisations CNSS) et contre les conditions salariales et sociales largement inférieures à celles des employés de la société utilisatrice de cette main-d'oeuvre.

Conséquence directe: Toutes ces situations visent à maintenir les nouveaux embauchés sous le joug de l'employeur du fait qu'ils peuvent être licenciés à tout moment sans motif sérieux. En effet, nos statistiques nous montrent que c'est dans cette période que nous recensons le grand nombre d'abus et de mauvais traitement de la part des employeurs.

2°) Conditions de travail et dialogue social en entreprise : - Négociation des conventions collectives qui ne répondent plus aux réalités socioéconomiques actuelles pour une revalorisation significative des conditions socioprofessionnelles des travailleurs dans toutes les branches d'activités du secteur pétrolier et particulièrement celle du Groupement des Professionnels du Pétrole (GPP) qui regroupe l'ensemble des sociétés de la branche d'Entreposage, de Distribution et de commercialisation des hydrocarbures et celle des sous-traitants pétroliers qui regroupe l'ensemble des activités sous contrat avec les sociétés pétrolières qui explorent et produisent les hydrocarbures;

- Négociation des accords d'établissement communément appelés conventions d'entreprise pour définir des conditions de travail plus favorables que celles prévues dans les conventions collectives;

- Définition d'un régime commun de travail sur les sites pétroliers;

- Réactivation des Comités Permanents de Concertation Economique et Sociale (CPCES) pour une plus grande participation des employés à la gestion de l'entreprise.

Conséquences directes: L'inadéquation des conventions collectives représente l'une des causes principales des conflits sociaux en entreprise et constitue un facteur de démotivation des travailleurs gabonais qui à la moindre occasion, n'hésitent pas à démissionner lorsqu'une autre opportunité s'offre à eux dans un secteur d'activité plus rémunérateur. Le non fonctionnement et la non mise en place par les employeurs des CPCES participe à maintenir un climat social délétère dans les entreprises du secteur pétrolier et activités connexes.

3°) Emploi de la main-d’œuvre étrangère- Amélioration du service public de l'emploi par la modernisation des services du Ministère du Travail et la mise en réseau des différentes Administrations concernées visant à maximiser les opportunités d'accès aux emplois pour les nationaux et permettre une meilleure adéquation entre les besoins en ressources humaines et la politique de l'Etat en matière de formation et d'orientation;

- Suppression des pratiques d'emplois d'étrangers sur la base de visas de courtoisie, visas d'affaires ou lettre d'invitation sans que les compétences de ces derniers ne soient ni vérifiées, ni validées et surtout sans que l'on n'ait fait la démonstration qu'il n'existe aucun Gabonais disponible répondant aux critères de qualification requis pour le poste.

- Modification du cadre réglementaire actuel qui prévoit des quotas autorisés de main d'œuvre étrangère en entreprise car la logique d'un Etat qui réserve des emplois aux étrangers alors que son peuple s'enlise dans un chômage structurel alarmant ne saurait nous convenir plus longtemps;

- Définition de conditions plus coercitives pour assurer un véritable transfert de savoir faire entre le travailleur étranger méritant et son homologue Gabonais qui doit être identifié avant la délivrance de l’autorisation individuelle d’emploi ; Restructuration de l’Office National de l’emploi pour qu’il joue enfin pleinement son rôle de point de rencontre entre les demandeurs d’emploi et les recruteurs.

Conséquences directes : Au-delà de la conséquence directe de limiter l’accès des nationaux à un certain niveau d’emploi, cette situation a pour but principal l’instauration d’une forme de colonialisme économique du fait que les secteurs clés de l’économie de notre pays sont contrôlés par des travailleurs étrangers dont les intérêts ne sont pas en phase avec les intérêts nationaux.

4°) Santé et Sécurité sociale- Mise en place d'une assurance santé avec ticket modérateur dans les entreprises au bénéfice des salariés et de leurs ayants droit comme solution alternative au problème de plateau technique des hôpitaux de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) ;

- Revalorisation de toutes les pensions et notamment de la pension vieillesse communément appelée retraite;

- Modification de l'assiette fiscale en ce qui concerne l'imposition de l'indemnité des services rendus dans le cas des départs à la retraite pour permettre au personnel allant à la retraite de disposer de plus de fonds dans cette période sensible de leur vie;

- Création d'une agence pour la santé et la sécurité dans le secteur pétrolier afin de garantir un meilleur suivi, et une meilleure prise en charge des salariés pendant et après leur carrière dans un secteur dont la pénibilité et les risques pour la santé sont mondialement reconnus.

Conséquence directe: Très peu de salariés de notre secteur font de vieux os.

Voici succinctement les objectifs que l'DNEP vise depuis quelques années dans ses différentes interactions avec le Gouvernement.

Toutefois, aujourd'hui force est de constater que notre Administration n'est toujours pas cohérente dans la transcription des engagements et orientations des dirigeants en actions visibles et quantifiables.

En dépit de quelques avancées sur le terrain, nous constatons que le problème dans notre pays n'est pas tant les lois et les règlements qui sont pris mais l'incapacité des Pouvoirs Publics à exercer leurs missions de conseil, de contrôle et de sanction ainsi que l'absence de mécanismes permettant de garantir l'application des lois et règlements en vigueur.

Tous ces manquements sont à l'origine d'un certain nombre de dérives dans le secteur pétrolier notamment:

- La fraude et l'évasion fiscale dues au manque de contrôle des procédures de constitution et de fonctionnement des sociétés (faux salaires des expatriés déclarés sur la base de leur Indemnité de Vie Locale, fausse déclaration des chiffres d'affaires, non paiement des recettes pétrolières dans les établissements de crédit CEMAC, collusion entre les entreprises et les cabinets d'audit, de conseil et de contrôle, etc.);

- La précarité des emplois et un chômage alarmant des jeunes qui ont pour conséquence les nombreuses crises de délinquance juvénile constatées dans les zones à forte activité économique;

- Le laxisme et la corruption des agents de l'Etat dans l'exercice de leurs missions régaliennes;

- Les discriminations de tout genre subies par les employés gabonais et le manque de considération des compétences locales dans les entreprises à capitaux étrangers;

- L’absence de représentation du personnel et de CPCES dans les entreprises en violation flagrante des dispositions légales et réglementaires;

- Le manque de considération des services administratifs décentralisés par les employeurs qui se permettent de ne pas répondre aux convocations de l'Inspection du Travail;

- La délivrance massive de certificats de nationalité et tout autre document y afférant afin de régulariser les travailleurs étrangers en situation irrégulière;

- Le recrutement à dessein des travailleurs gabonais à des niveaux scolaires peu élevés afin de limiter leur progression et de laisser les postes à responsabilité aux mains des étrangers;

- L'exigence d'expérience professionnelle à l'embauche dans toutes les offres d'emploi même sur des métiers de faible technicité et sur des emplois spécifiques dont l'apprentissage ne peut se faire qu'en entreprise;

- La discrimination salariale entre les travailleurs gabonais et les travailleurs étrangers en contrat local;

- Le recours à un volume important de main-d’œuvre étrangère sur des métiers d'exécution, à savoir entre autres: Matelot, soudeur, serveur, agent de sécurité, coursier, agent administratif, HTM, pompiste.

- Le recours à un volume important de main-d’œuvre étrangère sur des emplois de catégorie agent de maîtrise et catégories supérieures pour lesquelles les profils des nationaux sont en nombre important, à savoir entre autres: Comptabilité, Contrôle de gestion, Ressources Humaines, Hygiène Sécurité Environnement, Logistique, Gestion des Contrats, Interprètes, Conseillers Juridiques, etc.

Fort de ce qui précède, notre défi consiste donc à tout mettre en oeuvre pour que la politique nationale de l'emploi soit orientée vers plus d'équité, de justice et de dignité. Que force reste à la loi et qu'elle s'impose à tous, servant à la fois les intérêts des nationaux et ceux des étrangers qui pour ces derniers, il faut le reconnaître, apportent pour certains des capitaux et leur savoir-faire bénéfiques tant pour l'économie de notre pays que pour ses ressources humaines.

C'est cette volonté de servir et garantir les intérêts de tous qui pousse l'Organisation Nationale des Employés du Pétrole à stigmatiser tous ceux qui veulent faire du Gabon, un Etat où le pouvoir réel est aux mains des puissances économiques extérieures où chacun peut venir imposer sa loi et humilier les filles et les fils de ce pays par des pratiques infâmes.

Nous fustigeons, d'une part, l'incapacité de notre Administration à exercer ses missions régaliennes de contrôle en matière de travail et de régulation des flux migratoires et d'autre part, l'insuffisance des moyens matériels et financiers mis à la disposition des agents de l'Etat dédiés à ces tâches créant ainsi un environnement propice à la corruption, aux prises illégales d'intérêts et autres dérives de toute nature.

Enfin, nous appelons l'ensemble des adhérents de l'Organisation Nationale des Employés du Pétrole à une forte mobilisation pour garantir un franc succès aux actions que nous allons entreprendre dans les tous prochains jours.

Vive l'ONEP et que Dieu bénisse le Gabon.

Organisation Nationale des Employés du Pétrole

Siège SocialLe Secrétaire généralGuy Aurat Reteno

[- Auteur: "OI" | - Source: "OI" | - Photo source: "OI"]



Dans La Même Rubrique

ÉDITORIAL

Biens "mal acquis" : un tintamarre médiatique et judicaire aux desseins machiavéliques

01-10-2015 09:36:04

OI Les médias francophones ont largement relayé l’affaire de la "saisie" d’une maison du Vésinet, près de Paris, appartenant à une société liée au neveu du Président congolais Denis Sassou N’Guesso, à l’initiative d’une association baptisée "Transparency International France". Peu nombreux en revanche sont ceux qui ont relaté la saisie de l’hôtel particulier acquis par l’Etat gabonais en 2010, au 51 rue de l’Université à Paris. Et certains se sont fait l’écho de la clôture de l’instruction diligentée contre Teodorin Obiang pour l’hôtel particulier qu’il avait acquis au 42 de l’Avenue Foch.

Lire l'article


ACTUALITÉS INTERNATIONALES

Burkina Faso : les lendemains du coup d’Etat

--

OI Des élections "rapidement", une loi électorale "frustrante", l'enquête sur la mort de Sankara : des sujets déjà sur le feu en attendant la suite des événements.

Lire l'article


Le nombre de migrants traversant la Méditerranée atteindrait 450 000 en 2016

--

OI Le nombre de migrants qui vont atteindre les côtes européennes après avoir traversé la Méditerranée devrait atteindre 450 000 en 2016, selon le Haut commissariat de l’ONU.  

Lire l'article


INTERVIEW DU MOIS

Interview-Ali Bongo : « Nous cédons nos hôtels particuliers à l’Etat gabonais »

25-09-2015 08:39:43

OI Pour le président du Gabon, environnement et migrations sont liés. Par ailleurs, il commente sa décision de renoncer à l’héritage de son père au profit de son pays et réagit aux polémiques avec la France. 

Lire l'article


PROVERBES

Proverbe- Ghana

14-03-2015 07:37:46

OIOn peut détester un chien, mais on ne peut pas renier la blancheur de ses dents.

Lire l'article


Proverbe Awandji

29-01-2009 23:48:56

newthink.centerblog.netBangu banongo bana bayendi mambungu ma ba mbaghi

Lire l'article